Les Santons de TOUN

L’histoire récente du Domaine Saint-Antonin est également liée à la tradition des crèches Provençales et leurs santons. En effet, Louise THUS (1899-1992), dont l’époux et médecin aixois, Émile SICARD contribua grandement à la préservation du patrimoine bâti et naturel du lieu, se fit connaître comme santonnière sous le nom de TOUN.

Icone Cigales x3.

Crèche & crèches : définition(s)

Apparu au début du XIIe siècle, le terme « crèche » provient de l’ancien francique (la langue des Francs) krippia, qui désignait une mangeoire à l’usage des bestiaux. On avait coutume d’installer ces auges sur le mur des étables, des écuries et des bergeries.

C’est l’évangéliste Luc qui fit de la crèche, ou Sainte Crèche, une élément symbolique de la naissance du Christ :

« [Marie] enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » (Luc 2 : 7)

« [Les bergers]  se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.  » (Luc 2 : 16)

On remarque que Luc ne mentionne en aucun cas la présence d’animaux, d’un âne ou d’un boeuf, pas plus qu’il ne précise si la première demeure du Christ fut une étable ou une grotte. Ces éléments, pourtant constitutifs de nos crèches de Noël, n’apparaîtront qu’à partir du IIe siècle dans les évangiles dits apocryphes et la littérature patristique.

Signe de l’humilité fondamentale du Christ, la mangeoire où repose l’Enfant emmailloté est également une préfiguration de son Tombeau. Elle sera systématiquement qualifiée de « Crèche » (avec une majuscule) à partir du XIIIe siècle.

Ce n’est qu’au XIXe siècle, sous la plume notamment de Chateaubriand, que le terme désigne, par métonymie, toute représentation en trois dimensions du lieu de la naissance du Christ. Intimement liées à la liturgie et aux festivités de Noël, ces représentations visent avant tout à célébrer le Mystère de l’Incarnation.

Brève histoire des santons

C’est à Rome, dans l’église paléochrétienne Sainte-Marie-Majeure (également appelée Sancta Maria ad praesepe, i.e. « Sainte-Marie-près-de-la-Crèche »), que l’on retrouve le plus ancien témoignage de reconstitution en trois dimensions de la Nativité. Vers 432/440, le pape Sixte III dote, en effet, la basilique primitive d’une « Grotte de la Nativité », directement inspirée du lieu de naissance du Christ à Bethléem, qui devient bientôt un lieu de pèlerinage incontournable. Cet oratoire (remanié et partiellement détruit à la fin du XVIe siècle) abritait probablement les reliques du Bois de la Crèche, venues de Terre Sainte.

On attribue traditionnellement à la dévotion franciscaine l’invention de la Crèche de Noël et plus particulièrement des crèches vivantes.

« Je veux évoquer en effet le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son enfance ; je veux le voir, de mes yeux de chair , tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un boeuf et un âne . »

En 1223, saint François d’Assise organise la première scène vivante dans une grotte de la ville de Greccio, en Italie, où il célèbre la messe de Noël. Les communautés franciscaines vont alors adopter et systématiser cet usage en créant dans leurs oratoires au moment des fêtes de Noël des reconstitutions de la naissance du Christ . Il s’agit alors de maquettes animées par des figurines en bois ou en terre.

Cette pratique se répand au sein de l’Église au point qu’en 1288 Pape Nicolas IV commande à Arnolfo di Cambio une représentation sculptée de la Nativité pour l’oratoire de la Crèche de Sainte-Marie-Majeure.

À ces premières reconstitutions succèdent les crèches à figurines dont les plus anciens exemplaires connus ont été réalisés à Prague au milieu du XVIe siècle, sous l’impulsion des Jésuites. Le Contre-Réforme fera notamment de ces saynètes un outil didactique privilégié pour la diffusion de la dévotion à la Nativité et à l’Enfant Jésus.

D’abord réservée aux sanctuaires, la crèche pénètre progressivement dans les maisons nobles et bourgeoises à partir du XVIIe siècle. La tradition de ces représentations artisanales connaît alors un remarquable développement à Naples tout au long du XVIIIe siècle. Les scénographies baroques de la crèche napolitaine associent pour la première fois les figures sacrées (Sainte Famille, Rois Mages, etc.) à des personnages de la vie quotidienne.

En France, dès la période pré-révolutionnaire, les églises s’ornent de crèches offertes à la dévotion des fidèles au moment de Noël tandis que les communautés religieuses fabriquent des niches vitrées dans lesquelles elles exposent des saynètes représentant la Nativité. Les personnages sont alors réalisés en cire, en verre filé ou en mie de pain. De cette époque daterait l’invention des figurines en bois sculpté, rapidement supplantés par les santons modelés en argile crue ou cuite. Considéré comme le premier santonnier, Jean-Louis Lagnel (1764-1822) met alors au point la technique de fabrication des santons en argile par estampage dans un moule en plâtre.

La Révolution Française supprime la Messe de la Minuit et interdit les représentations publiques de la Nativité. La crèche de tradition provençale prend alors son essor.

Icone Cigales x3.

TOUN : Itinéraire d’une santonnière

Née le 5 Septembre 1899 à Aix-en-Provence, Louise utilise dès son plus jeune âge le surnom de Suitoune, puis Zitou, à partir duquel elle formera son nom d’artiste : « TOUN« . Encadrée toute son enfance par un précepteur, la future santonnière présente très tôt un talent certain pour le dessin et l’aquarelle.

Louise THUS au volant d'un cabriolet Citroën 1924.
Louise THUS, au volant de la cabriolet Citroën de son mari, Émile SICARD, en 1924, dans le pays d’Aix.

 

à quelques jours de ses vingt ans, elle épouse un médecin aixois, Émile SICARD, qui apprécie tout particulièrement Mistral et la musique, et deviendra plusieurs fois champion de billard Français. Alors que le couple emménage dans la rue du 4 Septembre, à Aix-en-Provence, Zitou, qui continue de pratiquer l’aquarelle, se tourne vers la poterie. Elle achète bientôt des moules à santons datés du XVIIIe siècle et s’établit comme santonnière, investissant le grenier de leur grand appartement pour y installer son premier atelier de fabrication.

Elle travaille alors sur trois catégories de moules : Les Grands (dits « Art »), les Moyens et les Puces. Pour les Art, les moules des bras et des accessoires, tels que les chapeaux ou les paniers, sont séparés. Ceci permet de donner aux figurines différentes attitudes et de varier leurs costumes. Autrement, Louise confectionne les accessoires à la main. Ainsi, les cannes à pêche sont réalisées en fil de fer, les fagots (de la Femme aux Fagots) en brins de thym et le matériel de La Fileuse, en fils de laine. Les vêtements s’inspirent quant à eux des costumes traditionnels tandis que les motifs, peints à la main, sont imités de livres sur les tissus anciens.
La santonnière va jusqu’à créer elle-même certains moules de personnages manquants, comme l’Arlésienne !

Moules à santons de Stra, utilisés par TOUN (collection particulière).
Moules à santons de Stra, utilisés par TOUN (collection particulière).

 

Défiant les bonnes moeurs et l’avis de son mari, Louise vend ses santons dans les librairies du Cours Mirabeau mais également à la foire aux santons d’Aix ou à quelques amateurs de Saint-Rémy-de-Provence. Elle poursuit son activité de santonnière jusqu’à sa mort, en 1992, installant un temps son atelier dans la petite chapelle du Domaine Saint-Antonin. Là, elle transmet sa passion et son savoir-faire à ses petites-filles, ainsi qu’à son arrière-petit-fils, Mathieu, à qui elle confie le moulage des petits animaux de ferme.

 

Son travail est notamment présenté au Musée Estienne de Saint-Jean (anciennement Musée du Vieil Aix) qui expose dans ses vitrines certains de ses santons.

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